Coup(s) de coeur

Vous découvrirez dans cette rubrique des articles divers et variés qui nous touchent, qui nous parlent et que nous souhaiterions partager

Un regard sur… l’espoir par Guillaume GUERARD

Les ateliers d’écritures sont une des principales activités de la Maison de la Poésie des Hauts de France. A destination des scolaires (écoles maternelles et primaires, collèges et lycées), des publics spécifiques (comme les personnes des Espaces Ressources Cancer de Béthune et de Douai), des médiathèques…, les ateliers d’écritures ne cessent de se développer et touchent de plus en plus de publics. Les ateliers d’écritures destinés aux enfants des Programmes de réussite éducative (P.R.E.) sont renouvelés chaque année avec deux communes : la ville de Grenay et la ville de Bruay-La-Buissière. Leur déroulement est quelque peu différent. Pour Grenay, les ateliers ont lieu à la médiathèque le mercredi après-midi et sont réservés en priorité aux enfants du P.R.E. de Grenay avec une ouverture dans la limite des places disponibles à tout enfant de moins de douze ans souhaitant y participer. Deux temps forts sont réalisés avec une restitution en décembre sur le travail accompli de septembre à décembre et une autre restitution sur le travail réalisé de janvier à juin. Les enfants mettent en scène leur création poétique avec des thèmes différents à chaque période calendaire. Pour Bruay-La-Buissière, les interventions se déroulent dans des classes d’écoles de la commune, lesquelles changent chaque année scolaire. Ainsi en 2015/2016, la Maison de la Poésie était présente à l’école Pasteur avec deux classes de CM1/CM2 et une classe ULIS, en 2016/2017. Nous sommes intervenus à l’école Jaurès pour une classe de CE1/CE2 et à l’école Marmottan pour une classe de CE1/CE2. Cette année ce sont : une classe CM1/CM2 de l’école Loubet et une classe CM1/CM2 de l’école Caudron qui bénéficient des animations. Les ateliers se déroulent durant le temps scolaire. A la fin de l’année scolaire, tout le travail effectué par les enfants est récompensé par la sortie d’un livre intitulé « Regard sur… » dans lequel chaque participant retrouve un de ses poèmes. Un livre est offert chacun des enfants. Bien que leur déroulement soit différent, la finalité est la même : permettre à des enfants en difficulté scolaire, familiale et sociale de reprendre confiance, d’accéder à la poésie différemment, de donner les moyens de s’exprimer autrement. Quel bonheur de voir dans les yeux de ces enfants, la fierté devant leurs poèmes, la joie lors des restitutions, les progrès remarqués par l’éducation nationale, les émotions dans la voix lors du dernier atelier. Leurs remerciements pour l’animateur, cela n’a pas de prix : redonner à des enfants en échecs multiples, de l’espoir.

  • La Maison de la Poésie... Un accueil à bras ouvert par Jean Daniel Robert Ma chère Maison de la Poésie Nord - Pas-de-Calais, devenue Maison de la Poésie des Hauts de France... Pour faire court, je vais t’appeler MaPo, si tu es d’accord. Déjà, il faut que je me fasse à ton nouveau nom, puisque tu as failli déménager dans les sommets du Massif du Mont-Blanc… bin oui, ce sont les plus Hauts [sommets] de France (4.810 mètres tout mouillé, pour le patron des lieux). Mais bon, il faut s’y faire ! Modestes, qu’ils sont, tes compatriotes picaresques et nordistes. Après tout, tu es proche voisine du Mont des Cats, juste à peine un peu moins élevé que nos montagnettes-à-nous-autres, Savoyards, Piémontais et Romands. Remarque que si tu avais vraiment déménagé par ici, ça m’aurait arrangé, car ainsi tu ne serais qu’à une petite centaine de kilomètres de ma table. Tandis que sept-cent-cinquante bornes (pile-poil !)… Cependant, je n’aurais vraiment accepté ce déménagement qu’à une condition : que tu viennes avec armes et bagages (mots et livres) ET toutes celles et ceux (remarquez que j’use de l’accord dit de proximité !) qui y travaillent ou qui gravitent autour de toi. Alors ce soir, puisque tu es restée dans tes eaux, bois et forêts, je me limiterai donc à t’écrire, sachant que demain je skierai tout près de ce fameux Point Haut de France (et d’Italie), si le temps le permet. Voilà-t-il pas que tu me demandes (enfin… quand je dis « tu », c’est une manière de dire) si, en gros, j’ai vécu des choses avec toi. Ça n’est pas difficile à m’en rappeler, en soi ; mais mon problème sera de faire le tri parmi tous ces évènements que j’ai pu y vivre, de près ou de loin. Au moins ceci de certain : pas besoin de trier les mauvais souvenirs, il n’y en a pas. Allons-y. J’égrène, sans trop me soucier de chronologie. La MaPo, c’est d’abord des personnes rencontrées au hasard de la vie d’écriture et de la vie tout court. Je pense aux Journées Froissart, il y a bien vingt ans et plus de cela, chez Jean Dauby, à Valenciennes. C’est là que j’ai appris ton existence, ma chère ! Je pense aux Rencontres poétiques de Rodez, où tu y étais de concert avec la MaPo d’Amay, si ma mémoire est bonne. Il y eut aussi la joie de les retrouver au Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice. Avril 1996, tu débarques en force à Genève, sous la houlette de la directrice d’alors, Carmen. Tu venais de Lyon, puis Saint-Martin d’Hères, dans l’Isère, avec une belle troupe de poètes. J’avais les « jetons », je dois dire ; cela allait-il bien se passer ou cela allait-il être un flop complet ? La soirée poétique dans la campagne genevoise fut merveilleuse, même si nous aurions souhaité un peu plus de monde… Soirée qui se continua bien sûr par une fondue homérique, apprêtée par un couple originaire de ta région mais vivant en Haute-Savoie et travaillant à Genève, ainsi que par ma tendre compagne. Tout cela se passait avec Arlette et Francis Chaumorcel (harmonica, éclairages), Carmen Hascoët, Christian Hémeryck, Roger Lahaye (voix, piano) et son épouse, Chantal Lammertyn, Alain Lemoigne, Hervé Lesage, Colette Nys-Mazure et Pascale Roche. Quelques mois plus tard, c’était deux Savoyards et un Genevois qui montaient chez toi, à savoir Bernard Paccot, Michel Dunand et votre serviteur. Là encore, tu sortais hors les murs, rendue dans un quelconque centre commercial à l’occasion du Festival de poésie d’automne. Eh oui, la MaPo se déplace parfois là où on ne s’y attend pas forcément ! Et puis remontent en moi divers passages chez toi. Simples visites, interview décoiffante par Denise Jardy pour une radio locale, une soirée où je pus lire quelques-uns de mes textes avec l’accompagnement de Richard Deblauwe (guitare) et sa compagne (aux bols tibétains) ; cela frisait le Nouvel Âge, mais c’était sympa. Une autre soirée mémorable fut une lecture à deux voix, grâce à ma quasi-frangine Chantal Lammertyn. Et chaque fois avec un accueil à bras ouverts, y compris dans la « succursale » (!) sise à la Caudescure… D’un naturel plutôt timide, je me suis toujours senti totalement à l’aise dans ces divers lieux. Tu nous offres donc, entre autres, ces rencontres poétiques automnales, magnifiques moments de convivialité où déguster chansons et poèmes, moments aussi de franche rigolade, dedans, dehors, sous la tente, à la cuisine, dans les bois… Là, nous pouvons y rencontrer des nouvelles personnes, des lecteurs ou des collègues. C’est dans ce cadre que j’ai eu l’occasion de dire quelque-uns de mes poèmes, alternant avec quelques chansons qui me sont chères, de François Béranger, Michel Bühler — Bubu pour les intimes — Félix Leclerc et Gilles Vigneault, il n’y a encore pas si longtemps. Un jour, tu m’as glissé à l’oreille que Julos Beaucarne t’avait visitée avec son sac à poésie et ses notes, enfouies dans sa guitare. J’aurais tant voulu l’entendre, en cet endroit-là. Je l’ai rencontré en d’autres lieux, mais là, chez toi, cela a dû avoir de la gueule ! Et puisqu’on en est aux poètes à musique et aux musiques à poèmes, il y a eu bien sûr ce grand moment d’amitié partagée avec toi et les tiens, où mon pote Bubu et moi t’avions présenté nos poèmes et chansons, chez toi et hors les murs, à Loos-en-Gohelle. Comme tu le sais, j’aime beaucoup cette alternance entre poèmes et chansons. Je n’oublie pas non plus que tu nous permets, aux poéteux que nous sommes, d’aller à la rencontre d’élèves de tous âges, moments de questions parfois déroutantes, toujours pertinentes. Cela nous invite au sens de l’humour, dès lors que ces minots réalisent qu’il existe des poètes pas encore morts ! Sans y participer, j’ai beaucoup entendu d’échos à propos de ton partenariat avec des artistes — plasticiens et autres — mexicains. Je ne suis pas sûr que le Landerneau situé aux alentours de la Seine (km 288) en aurait fait autant ! En tout cas, les résultats étaient là. Cette évocation pour souligner ici encore ton sens de l’ouverture au monde. Bien. Tout ça risque de faire « vieux combattant »… Ce pour quoi je voudrais te remercier le plus fort, c’est que tu es un lieu de résistance nécessaire, en ce temps de brutes, de démagogie et de bêtise. Chez toi, nous pouvons rêver, gueuler, rire, intérioriser, pleurer, protester et attester. Tu ne t’es pas cantonnée aux poètes de ta région, comme certains l’auraient souhaité à une époque heureusement révolue ; tu n’es surtout pas une tour d’ivoire, ni un cénacle où s’enfermer, ni un lieu sans fenêtres. C’est toute la poésie du monde, que nous rencontrons à ta table. Même une Nobel ! Aussi, avec François Béranger, qui affirmait dans une chanson « vous n’aurez pas ma fleur, celle qui me pousse à l’intérieur », dans cet esprit de résistance nous pourrons toujours affirmer : « Vous n’aurez pas MaPo ». Je te dis « tu » parce que je t’aime et parce que ce « tu » s’adresse à tous ceux et celles qui te font respirer et qui te donnent vie ; parce que ce « tu » s’adresse à toutes celles et ceux que tu fais respirer et à qui tu donnes vie. À toi, toi, toi… à chacune et à chacun de se reconnaître, dès lors. Genève, le 4 janvier 2018.
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